On peut dire ça de presque tout caillou si on y regarde d'assez près, mais là on peut dire qu'il y a du vécu. Je résume les épisodes précédents.
La série encaissante (groupe de Canaveilles) est rapportée à l'Ediacarien sup. par B. Laumonier (notice de la feuille Argeliers).
Les marbres qu'elle contient sont calcitiques ou dolomitiques, mais pour des roches à phlogopite, olivine, spinelle que nous trouvons, il s'agit de paragenèses magnésiennes, donc ce sont des dolomies plus ou moins argileuses et sableuses qui ont été transformées. Sachant qu'une dolomie c'est 9 fois sur 10 un ancien calcaire dolomitisé dans la diagenèse, elles avaient déjà subi cette première transformation au Cambrien inf.
Puis arrivent les épisodes fini-Cadomien (Cambrien inf) et la phase Sarde (Ordovicien inf-moyen, 472-460 Ma), avec du plutonisme attesté dans l'Est pyrénéen (Albères, Canigou) et dans l'Agly (gneiss de Riverolle), avec les déformations et le métamorphisme qui va avec (plutot HP dans ce cas, il y a des reliques de disthène).
Quand enfin (310-300 Ma) se pointe la phase hercynienne, ces roches carbonatées ont déjà été plissées et recuites depuis perpète, et des silicates calciques s'y sont déjà formés (on ne peut qu'imaginer lesquels). Dans les déformations hercyniennes, ce matériel va donc se comporter de manière complexe, avec les niveaux déjà indurés par le premier métamorphisme qui se fragmentent dans une matrice carbonatée qui flue : cela donne ces textures pseudo bréchiques très spectaculaires (et systématiques) dans les marbres calciques aussi bien que dans les autres : exemple sur la route à 100m des skarns de Felluns.
Autres exemples (de marbres calcitiques) du secteur de Trilla. Des fragments de roche silicatée (souvent a grossulaire diopside) flottant dans du carbonate (clair).
C'est sur ce matériel dont l'hétérogénéité à petite échelle est déjà très prononcée que va opérer le métamorphisme hercynien HT BP, et les circulations de fluides responsables notamment de la formation des skarns à mélanite de Felluns et du petit dernier (à wollastonite) découvert juste à coté.
Dans ce métamorphisme HT BP, les températures atteintes sont très élevées (bien au delà de la fusion partielle des métapélites), d'autant que le secteur Trilla qui nous intéresse se trouve à moins de 100 m au toit de la charnockite d'Ansignan, et juste au-dessus d'une masse basique assez conséquente (épaisseur >50m) dont la mise en place précède légèrement celle de la charnockite. Bref, tout ce qui avait une composition qui pouvait fondre a fondu dans ce bazar, et il n'est pas ridicule d'imaginer que des associations minérales contenant deux carbonates (calcite-dolomie) et des silicates aient pu commencer a le faire dans la foulée.
Il n'y a pas beaucoup de littérature ni de données expérimentales sur la fusion partielle des carbonates, mais il semble qu'on puisse avoir du liquide des 850°C.
(Maroni et al. Journal of Peytology 2026)
Bref, le sujet de la fusion partielle des carbonates est controversé, les cas connus (ou suspectés) sont des raretés, et je ne voudrais pas passer à coté si jamais cela pouvait permettre d'interpréter cette texture inhabituelle à spinelles en éponge : des gouttes (?) de carbonate.