un peu de poésie :
Le chemin ne changeait pas, trente deux ans plus tard la même fragrance d’aiguilles de pins séchées et de baies de genêts éclatant aux soleils d’été, avait comme figé le temps. Le silence des lieux était emprunt d’une sorte d’exaltante gravité.
Pour celui qui venait pour la première fois, les anciens travaux miniers de Marsanges se résumaient à deux murailles cimentées encadrant l’entrée du travers banc principal, cette obscure percée de huit cent mètres, filant sous terre en ligne droite, desservait un labyrinthe vertical de puits et de dépilages abandonnés. Plus loin écrasé de soleil, un long bâtiment couvert de tuiles mécaniques, qu’un paysan avait affecté à l’élevage de lamas silencieux et inattendus en cet endroit, avait servi de vestiaires et de forge. Suivant encore le remblai on devinait les trémies de chargement en surplomb d’une ancienne voie ferrée
La sécheresse minérale de l’ancien carreau était barrée d’une tranchée peu profonde où s’écoulait, sortant de la galerie, une eau limpide et fraîche. Dans cet accès souterrain au delà d’une grille épaisse aux montants soudés, on découvrait une voie ferrée s’enfonçant dans l’ombre sous une étroite voûte bétonnée. Une odeur de roches, de terres humides et une fraîcheur éternelle invitaient au frisson. Un train de wagonnets aux teintes d’oxydes disparaissait dans l’inquiétante pénombre.
Dans ce massif ancien, aux allures d’amphithéâtre forestier, où de petits champs jaunissant sous le soleil semblaient assiégés par de sombres conifères, un hameau à l’unique étroite et tortueuse ruelle délimitait l’horizon des sociétés humaines. Il n’y avait ensuite place que pour ceux qui, magnétisés par l’endroit s’engloutissaient dans l’éternité minérale des filons de spath fluor.
Un chemin d’exploitation suivait en surface le trajet du travers banc, la pente rectiligne courant au flan du massif menait vers d’autres étages. Dans les ruines et les haldes couvertes de ronces et d’arbres sauvages, de sombres accès pour la plupart effondrés menaient vers les filons abandonnés. Là, encore sous les ronces et les herbes folles, presque invisibles, des rails rouillés marquaient encore le chemin des galeries. J’y découvrais avec mélancolie un essieu avec une roue brisée, une benne renversée, des tuyaux de fonte s’enfonçant sous les terres effondrées.
Que venais je chercher en cet endroit ? Sans doute de bouleversants souvenirs du temps de mes 16 ans : L’adolescence, époque où l’enfance se noie dans un avenir confus, vide de projet mais plein d’illusions et d’espérances diffuses. Un temps où l’on prend conscience que faire machine arrière n’est jamais possible. Ce que certains appellent le destin est depuis longtemps en route, rien n’est inéluctable, mais déjà, l’enfance est passée, les voies que l’on vous à fait prendre, parce souvent on en connaissait pas d’autres, ont pour beaucoup scellés les décennies à venir.
Dans le soleil de ce matin de Juin, j’arpentais seul un lambeau de souvenirs, réminiscences de vacances d’été des années soixante dix, de routes montagneuses désertes parcourues à vélo dans des effluves de tour de France, de demi course double plateau, aux gardes boues démontés, de chaleurs qui avec le recul étaient toujours accablantes…
A cette époque, Marsanges fonctionnait encore, l’image d’un court train de berlines et d’un locotracteur sortant de la galerie en brinquebalant sur une voie disjointe. D’un type bourru nous autorisant à prendre quelques échantillons dans un tas de fluorine verte, à marqué à jamais mon existence.
C'était avant la mise en sécurité en 1974.... j'aime bien ces endroits ou des hommes en ont bavé, les anciennes mines sont toujours pleines de mélancolie